
Alain lefèvre présente consolation
MARDI 6 OCTOBRE 2026, 20h | SALLE MICHEL-CÔTÉ
En ce début de la féerie des couleurs automnales, c’est avec le grand, et Ô combien sympathique Alain Lefèvre que Concerto ouvre sa 30e saison! Trente saisons musicales remplies de découvertes et de coups de cœur, d’émotions, d’apaisement, de voyages et d'introspection, d'intensité et surtout d’amitié en crescendos. Cette trentième saison, nous l’avons confectionnée avec gourmandise et excitation et nous vous l’offrons avec la fébrilité qu’on peut avoir quand on est sur le point de crier « Surprise! » à quelqu’un qu’on aime. Alain Lefèvre, donc, est notre premier présent. Avec lui, nous commençons également une formule de chronique toute spéciale pour le 30e anniversaire. Une formule où nous vous donnons la chance de poser vos questions à nos artistes invités.
En direct des Vieux Pays où il prépare un nouvel album et une autre série de concerts, Alain Lefèvre s’est prêté au jeu de l’entrevue, avec tout le naturel qu’on lui connaît. Discussion vraie avec ce grand humain.
Vous venez nous voir à Alma dans le cadre de la tournée de l’album Consolation, pouvez-vous nous en parler un peu?
Consolation a été écrit pendant, et surtout après, la fameuse pandémie. Pour moi, comme pour beaucoup de gens du Québec et du monde entier, la pandémie a été une grande douleur. Les proches qui tombent malades, l’inquiétude, les complications, la délation… Les artistes ont été très touchés, entre autres avec les salles de théâtre et de concert qui ferment. Moi j’ai été 24 mois sans travailler! Donc j'ai commencé Consolation pendant la pandémie, mais c'était difficile d'écrire parce que c'était tellement troublant tout ce qui arrivait.
Alors après la pandémie, j'ai terminé l'écriture. Mais comme beaucoup de gens, j’étais certain qu'après cette pandémie, les choses iraient mieux. Finalement, ça n’a pas pris de temps qu'on s'est aperçu que c'était un peu l'enfer sur terre avec tout ce qui se passe en ce moment… Et bon, je ne veux pas nécessairement aller là, mais Consolation, je le dis bien modestement, a eu un succès fou. C'est que c’est un album qui a un écho à travers la planète.
Chaque pièce est un écho du petit film que chaque personne a vécu. Ce sont des compositions sans prétention qui résonnent personnellement pour l’un ou l’autre, sans imposer une émotion, une humeur ou une histoire précise. Ce sont des fenêtres que j’ouvre et les gens peuvent aller y puiser exactement ce qui leur fait du bien.
Est-ce que le fait de venir jouer l’album Consolation dans la salle qui porte le nom de Michel Côté en ce moment revêt une signification particulière pour vous? (F. Lavallée, Alma)
Très sincèrement, c'est très émouvant pour moi, parce que Michel est parti beaucoup trop vite. Ce n'est sûrement pas moi qui vais faire du capital politique sur ma grande affection pour Michel. Michel, c'était un frère, c'était le grand ami, c'était l'homme au grand cœur…
Par exemple, Michel et moi, on était venus à Alma ensemble quand on a fait un grand concert pour ramasser des fonds pour l’achat d’un nouveau piano au cégep, et le dernier souvenir que j'en ai, c’est qu'on était allé manger dans le restaurant attenant à l’hôtel et on avait eu une soirée extraordinaire. Il était le plus bel ami qu'on puisse rêver d'avoir.
Oui, c'est très émouvant pour moi de retourner à Alma. Quand je vais arriver sur scène, ce sera avec une grande émotion parce que je vais penser à lui, c'est sûr.
Vous venez d’évoquer ce souvenir d’un passage dans notre ville avec votre grand ami. Avez-vous d’autres souvenirs ou anecdotes d’une de vos précédentes visites?
Ce que j'avais particulièrement adoré, la dernière fois, c'est que j'avais fait une Classe de maître, où j'avais écouté des jeunes jouer pendant une bonne partie de la journée et j’avais trouvé ça passionnant… Alors, c’est vrai que tout le monde va dire ça, certainement, mais j'ai vraiment une histoire d'amour avec le Saguenay–Lac Saint-Jean qui date de loin. J'ai fait la Rhapsodie romantique d'André Mathieu avec l'Orchestre symphonique, j’ai fait un disque avec le Quatuor Alcan, j'ai de bons amis dans la région qui sont toujours restés très proches. C’est certain que ce concert à Alma ne sera pas un concert comme un autre.
Le 24 octobre, vous serez nommé Ambassadeur culturel de la paix, une distinction décernée pour l’ensemble de votre carrière par l’Alliance internationale de la paix, à l’ONU. Que signifie ce prix pour vous?
D'abord, je ne comprenais même pas pourquoi je recevais ce prix. Je n’y croyais pas! Je pensais que c’était une blague! Mais, vous savez, j'ai toujours travaillé auprès des jeunes, je suis allé dans les prisons, dans les hospices, dans les hôpitaux. Ça a toujours été mon dada. Et donc quand cette organisation me remet ce prix pour l'ensemble de ma carrière, je pourrais vous dire que ça ne me touche pas et que c’est juste un prix, mais je dois avouer que ces temps-ci, il y a quelque chose qui ne marche pas pour moi. Je fais partie de ceux qui pensent qu'il faudra, à un moment donné, se réveiller. Il y a beaucoup trop de misère, il y a trop de gens qui n'ont plus rien et trop de gens qui ont beaucoup trop. Il y a une limite à avoir si peu de décence.
Je vais faire un grand événement pour l'itinérance bientôt à Montréal. Et des gens me demandent pourquoi je fais ça. J’ai envie de dire: « Pourquoi je fais ça? Est-ce que vous pensez que ça va si bien que ça dans notre pays qui est le plus beau et le plus grand pays du monde? » C’est pour dire que je n'ai jamais voulu faire carrière pour faire carrière. Si ma musique sert à quelque chose, elle doit servir à faire du bien, et si c'est uniquement pour devenir célèbre ou devenir riche, ce n'est absolument pas quelque chose qui m'intéresse. Un grand écrivain a dit: « Le 21e siècle sera spirituel ou ne sera pas », ce qui voulait dire que si on ne place pas l'amour et la tolérance avant toute chose, on ne survivra pas. Bref, c’est dans cet esprit que je reçois ce prix, en fait.
Avez-vous toujours composé? Qu'est ce qui est différent entre jouer vos propres œuvres et interpréter celles des autres? Qu'est-ce que ça vous apporte? (F. Côté, Alma)
Je suis insomniaque, je suis un angoissé, depuis très jeune. J'étais, vous le savez, un enfant battu. Et donc quand j'ai commencé à composer, vers l'âge de 16 ou 17 ans, c'était entre moi et moi. Si je composais, c'était pour exorciser mes angoisses. Et comme j'avais toute ma vie travaillé les plus grands compositeurs, ma vision de mes compositions était très critique et je trouvais que j'étais nul. Je n'avais aucune confiance en moi. Sauf qu’un jour, certaines personnes ont écouté.
Ils m'ont dit: « Mais t'es fou, t'as pas le droit de garder ça pour toi. » Alors aujourd'hui, les plus grandes salles de concert, les grandes compagnies de disques veulent mes compositions parce que le public veut quelque chose de nouveau. Évidemment, ça ne veut pas dire que j'arrêterai de jouer Chopin ou, comme je vous disais, je fais Rachmaninoff, je vais faire Beethoven, je fais un grand gala Gershwin bientôt… mais il y a un intérêt pour mes compositions qui moi me surprend, mais que je n'ai pas le droit de nier. Comme je n’ai pas le droit non plus de dire que je suis nul.
Est-ce qu’il y a des pièces que vous aimeriez interpréter ou que vous avez composées, mais que vous hésitez à faire en public, pour une raison ou une autre? (F. Côté, Alma)
Ce qui va se passer lors de ce concert à Alma, c'est que la toute première pièce du récital est une pièce que j'ai composée, mais que j'ai rarement jouée. Parce que je ne sais pas quelle maladie m'a prise lorsque je l’ai composée, mais elle est injouable. C'est une des pièces les plus difficiles que j'ai jamais composées. Je pense que j'étais complètement fou à l'époque.
Lors de ma première tournée au Moyen-Orient, j'ai commencé à composer cette pièce à Damas, j’ai continué à Beyrouth, puis à Tripoli, en Libye et je l'ai terminée en Grèce. Et finalement, je me suis aperçu que mon désir, avec cette pièce, c'était, inconsciemment, de prouver qu'on était tous frères et qu'au lieu de nous haïr constamment, il serait peut-être mieux qu'on s'aime. La pièce s'appelle Sas Agapo qui veut dire « Je vous aime ».
Donc ce sera la première pièce du programme à Alma. Et je pense que le public va être en dessous de sa chaise parce que la dernière fois que je l'ai jouée, ça va faire presque 8 ans, je me suis blessé le dos tellement c'est difficile! Après, je me suis dit que je ne la jouerais plus en concert. Mais finalement, je l’ai remise au programme parce que je trouve que c'est exactement ce je que je souhaiterais dire aux gens, ces temps-ci particulièrement: « Je vous aime. » On va essayer de se le dire, parce qu’il me semble qu’au lieu de faire la promotion pour acheter des armes, de faire la promotion de se dire qu’on s’aime, c'est peut-être pas une mauvaise chose.
Un grand merci, Alain Lefèvre!
Propos recueillis par Éléonore Côté, membre Concerto
*Vous souhaitez poser des questions à nos prochains artistes invités: Le Quatuor Saguenay, la soprano innue Élisabeth St-Gelais et la mezzo-soprano Caroline Gélinas ? Écrivez-nous vos questions avant le 1er octobre à carla.portolese@ville.alma.qc.ca ou par Messenger sur la page Facebook du Comité Concerto Groupe Concerto Alma.
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Après des études en musique et en littérature, Éléonore poursuit un parcours professionnel se promenant entre développement de projets, communication, enseignement et rédaction en tout genre. Elle est aujourd’hui conseillère pédagogique à la Formation continue du Collège d’Alma. La musique a toujours fait partie de sa vie, comme le démontrent, entre autres, ses diverses implications, au fil du temps, au sein des conseils d’administration du Camp musical du Lac-Saint-Jean, de l’Académie des porteurs de musique et du comité Concerto. Parce que, pour paraphraser Nietzsche, « la vie sans musique est tout simplement une erreur. »
